Colloque international pluridisciplinaire « La poïétique, aujourd’hui » (chapitre I)
12, 13, 14 & 15 novembre 2025, Université de Montpellier Paul-Valéry, Campus Saint-Charles & autres lieux
Note de présentation :
Fabriquer une œuvre musicale : composer, agencer, performer
« La poïétique, aujourd’hui », Colloque international pluridisciplinaire – 12, 13 & 14 [15] Novembre 2025, Université Paul-Valéry Montpellier 3
La présente proposition examine le processus de production d’œuvres musicales contemporaines intégrant les technologies électroacoustiques et numériques. Elle s’inscrit naturellement dans l’axe 4 : Approche technique / technologique, mais vise avant tout à fournir des outils épistémologiques pour la recherche musicologique dans le domaine de la création musicale. Elle relève donc davantage, selon nous, de l’axe 1 : Approche terminologique / épistémologique.
La technicité du faire musical n’est pas un phénomène récent : notation, facture instrumentale, interprétation ont toujours exigé une longue pratique et un savoir technique approfondi. Toutefois, elle prend aujourd’hui des formes inédites, à travers des œuvres conçues comme des agencements originaux de corps et d’objets techniques remplissant les fonctions traditionnellement attribuées à la partition, à l’instrument ou à l’interprète.
Composer consiste alors non seulement à structurer le matériau musical dans le temps, mais à élaborer des dispositifs dont les éléments constituent le fondement d’une écriture multiple — du geste, du son et de l’espace. La notion même de matériau musical est ainsi indissociable des technologies mobilisées.
À l’instar d’une partition, ces dispositifs ou agencements[1] résultent d’opérations logiques induites par ces technologies. Ils servent également de support à des informations « hors-temps[2] » déterminant la configuration finale de l’œuvre. Ces informations incluent notamment la définition des flux de données traversant les différentes composantes (capteurs de geste, algorithmes, calculateurs de signal, haut-parleurs, etc.). En se modifiant par transduction[3] les uns les autres, ces flux conditionnent le passage de l’œuvre « en puissance » à sa manifestation temporelle, « en acte ». La poïesis opère ainsi à deux niveaux : d’une part, la fabrication d’un objet que l’on identifie comme une œuvre musicale ; d’autre part, l’inscription, au sein même du dispositif, des conditions de son actualisation sous forme sonore.
Or, l’exécution ou l’actualisation d’une œuvre est inséparable de deux propriétés fondamentales des dispositifs en question : d’une part, la contingence des relations entre leurs composantes (le lien entre une interface et un générateur sonore, par exemple, n’est pas prédéterminé avant sa mise en œuvre), d’autre part, la capacité de ces dispositifs à fonctionner de manière autonome. Il est donc essentiel de maintenir et de redéfinir la fonction de l’interprète, traditionnellement corrélée à celle d’œuvre musicale. Le terme performer, à la fois nom et verbe, s’avère particulièrement pertinent en raison de sa double étymologie : du latin performare, qui signifie « façonner complétement » et de l’anglais to perform, « jouer, interpréter », qui renvoie au processus d’actualisation.
Des exemples musicaux personnels et issus de compositrices et compositeurs actuels illustreront le concept d’œuvre/agencement proposé ici[4].
Vincent-Raphaël Carinola, 23 février 2025
[1] Les deux notions offrent deux points de vue complémentaires sur le processus de production de l’œuvre qu’il conviendra de discuter. Elles occupent une place centrale dans la pensée des Michel Foucalut et Gilles Deleuze. Voir par exemple : Foucault Michel, Surveiller et punir : naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975. Deleuze Gilles et Parnet Claire, Dialogues, Paris, Flammarion, 1977
[2] Nous reprenons ici, en la transformant, une notion de Ianis Xenakis développée dans différents écrits. Voir par exemple « La voie de la recherche et de la question », in Xenakis Iannis, Kéleütha : écrits, Paris, L’Arche, 1994.
[3] Simondon Gilbert, L’individuation à la lumière des notions de forme et d’information, Paris, Presses universitaires de France, 1964
[4] Les questions abordées dans cette proposition prolongent nos recherches publiées ou en cours de publication dans les ouvrages et articles suivants :
o Composition, technologies et nouveaux agencements des catégories musicales, Saint-Etienne, Presses Universitaires de Saint-Étienne, 2022.
o Avec Geoffroy Jean, « On notational espaces in interactive music », in The Seventh International Conference on Technologies for Music Notation and Representation, Marseille, Les éditions de PRISM, 2022
o « Composer l’instrument : matériau et dispositif » in Peut-on encore parler de « matériau musical » au xxie siècle ? (titre provisoire), Delaplace Joseph et Gohon Kevin, dir., Presses Universitaires de Rennes (en cours de préparation).
o « Trois exemples de dispositifs générateurs de formes musicales » in Figues sur fond (titre provisoire), Joubert Muriel, dir., Passages Arts & Littératures (XX-XXI), (en cours de préparation).