Le 6 juin j’ai le plaisir de participer aux Rencontres Internationales de la Création Musicale.
Voir ici le programme complet :
https://www.iremus.cnrs.fr/fr/evenements/rencontres-internationales-de-la-creation-musicale
Résumé de ma communication :
L’œuvre musicale au prisme de l’universel : agencements, agents, artefacts
Il s’agit de proposer des outils épistémologiques participant à la compréhension, l’analyse et l’expression les enjeux de la création musicale contemporaine, en particulier dans les œuvres utilisant les technologies électroacoustiques et numériques.
Ces outils s’articulent autour de deux ensembles conceptuels liés par leur dimension relationnelle et dynamique : l’un concerne le processus de production de l’œuvre — l’œuvre comme agencement[1]— , l’autre les modalités de sa réception— la théorie des agentivités (agencys)[2].
Du point de vue de son mode de production, l’œuvre est considérée comme un agencement de corps et de techniques assumant les fonctions des catégories musicales traditionnelles : la partition, l’instrument ou l’interprète. Ces catégories forment le « tissu d’expérience sensible[3] » qui permet d’identifier certains types de productions comme étant le résultat d’un travail d’écriture. Elles ouvrent également la voie aux notions de dispositif ou de performance, au cœur des préoccupations compositionnelles actuelles.
D’un point de vue anthropologique, les travaux d’Alfred Gell permettent d’observer les modes d’existence des œuvres au sein d’un réseau d’intentionnalités (agencys) où entrent en jeu quatre termes : l’artiste, l’indice, le destinataire et le prototype. En appliquant à chacun de ces termes les fonctions tantôt d’agent, tantôt de patient, Gell bâtit un jeu complexe de relations d’inférence autour de certains types d’artefacts qu’il qualifie de « technologies de l’enchantement ».
Les notions d’agencement et d’agentivité interrogent et prolongent les travaux de François-Bernard Mâche sur les universaux en musique, en déplaçant la question de l’universalité des formes musicales vers celle d’un certain type d’objet que nous appelons « œuvre[4]».
[1] Carinola Vincent-Raphaël, Composition, technologies et nouveaux agencements des catégories musicales, Saint-Etienne, Presses Universitaires de Saint-Étienne, 2022.
[2] Gell Alfred, L’art et ses agents, une théorie anthropologique, Dijon, Les Presses du Réel, 2009. [Art and Agency: An Anthropological Theory, 1998].
[3] Rancière Jacques, Aisthesis : scènes du régime esthétique de l’art, Paris, Éditions Galilée, 2011.
[4] Mâche François-Bernard, Musique au singulier, Paris, Odile Jacob, 2001.